Mardi 7 juin 2011 s’est tenu un premier workshop « street-democracy » à la FING. L’atelier avait pour but de conceptualiser des formes de « démocratie au quotidien » à travers deux personnages fictifs, des « personas » dont les profils correspondent typiquement à des publics peu-participants.
L’objectif du workshop était d’explorer les possibles d’une participation au quotidien en suivant la journée type de ces deux personas.
L’emploi du temps de Zora, une adolescente et de Max, un sénior, ont permis de générer des opportunités et d’identifier des moments clés pour la street-democracy (implication dans des débats, postures de citoyenneté active...).
TABLE N°1, Max, 65 ans, sénior connecté et prof à la faculté de médecine de Lille, se retrouve pris aujourd’hui en pleine tempête…
Un matin d’hiver en décembre, une forte tempête de neige empêche Max de donner cours dans son université, il est donc immobilisé chez lui, par conséquent, les cours sont annulés.
L’équipe a développé un ensemble de services qui pourraient être mis en place pour gérer au mieux cette tempête de neige, une rencontre des services publics et des services participatifs favorisant la citoyenneté active :
- Max va pouvoir donner cours par vidéo à ses élèves connectés dont l’un d’eux, se chargerait d’informer les autres élèves de l’absence de leur professeur (par mail ou SMS)...
- Quand vient le temps des courses et du réapprovisionnement, un état des lieux d’ouverture et dispos des supermarchés, pharmacies... est fait par les habitants et l’info relayée sur les sites et services de la Mairie, avec des services-relais participatifs mis en place ou promus pour l’occasion, type petits plats entre voisins (super-marmite).
- De même que l’état des routes, les situations dans la ville remontées via twitter et autres services d’infos participatives, sur les écrans d’affichage de la ville et les cartes du site internet.
- Le fils de Max a laissé ses enfants à la crèche, mais ni le père, ni le grand-père de ces enfants ne vont pouvoir aller les chercher. Les réseaux de solidarité des lieux sont exacerbés en temps de crise, l’occasion de les mettre en synergie, un autre parent qui a un 4x4 prendra en charge le retour des enfants en s’aidant des infos temporaires sur le GPS qui indiquent les parties de voiries accessibles temporairement avec le parcours temps réel du chasse neige.
- La mise en place d’une monnaie solidaire est l’occasion pour favoriser cette entraide.
TABLE N°2, Zora, 16 ans, est en seconde à Nantes. Suivons-là tout au long de cette journée de vacances et repérons ensemble les « espaces/temps » dont nous pourrions profiter pour pousser notre ado à participer !
Tel était le point de départ du workshop Street-Democracy sur la table n°2. Durant 2 heures, nous avons donc exploré le quotidien de Zora, nous l’avons suivie à la piscine avec ses amies, dans le tram, dans la rue, au Mc-Do et au ciné…
Des plus extravagantes aux plus sérieuses, voici quelques pistes pour éveiller des pratiques et des désirs participatifs dans le quotidien de notre jeune, d’habitude si difficile à « capter » :
- Concertation murale : En allant à la piscine, Zora trouve devant elle un « mur participatif » sur lequel des jeunes sont en train de recueillir un maximum de signatures pour réclamer des horaires d’ouverture plus larges pour les piscines de la ville. On lui propose de signer directement sur le mur (à la bombe ou au marker) puis de prendre en photo sa signature avec un smartphone, de publier sa photo sur un mur virtuel dédié, sur facebook. Ce mur virtuel recueille les signatures présentes sur tous les murs réels (investis devant chaque piscine Nantaise).
Cette participation de rue, entre street-art et activisme numérique, permet d’éveiller la curiosité de nouveaux publics et de garder le lien avec ces participants, à travers les réseaux sociaux.
- Info-transport : Et si les transports en commun étaient des lieux privilégiés d’information sur les concertations publiques à venir ? L’idée semble classique mais elle est encore trop peu aperçue dans nos bus, trams et autres métros… Par le biais d’écrans, d’affiches ou grâce à des moyens plus décalés à inventer, il est certain que les transports peuvent devenir un espace d’informations démocraTIC !
- QR-code pochoir/sticker : L’utilisation du QR-code est souvent revenue lors du workshop. Ce système est appréhendé comme un lien fort entre l’espace public et les espaces numériques. Ainsi, Zora le retrouve à plusieurs étapes de son parcours. Une rue change de nom ? Un QR code est placé sous les panneaux de cette rue avec un texte invitant à participer au sondage permettant de choisir le nouveau nom de la rue.
Dans un esprit moins officiel, ces QR codes peuvent investir la rue pour le compte d’associations, de réseaux ou de communautés, sous forme de stickers ou de pochoirs (graph) partout sur les murs, trottoirs, mobiliers ou véhicules dans la ville. C’est par exemple de cette manière que Zora apprendra l’existence d’un prochain flashmob dans son centre commercial…
- Amende ou action citoyenne ? : L’idée a été évoquée, puis abandonnée… mais peut-être qu’à y regarder de plus près, il y a des pistes intéressantes à suivre. La méthode est plutôt directe, nous vous laissons juger : Zora n’a pas composté de ticket dans le tram et se fait pincer par des contrôleurs. Ces derniers lui laissent le choix : Soit elle doit payer une amende, soit elle doit participer à une action citoyenne prévue toute l’après-midi du lendemain !
Plutôt qu’un choix aussi abrupt et confondant punition et action citoyenne, ne peut-on pas imaginer un système de points ou de « malus » à « racheter » en participant à des actes citoyens ( ?).
- FlashMob citoyen : Le « flash mob », en français « mobilisation éclair », correspond au rassemblement éphémère d’une foule dans un lieu public afin d’effectuer des actions convenues d’avance (chorégraphie, chant, bataille d’oreillers…). Le plus souvent, ces rassemblements sont organisés grâce aux réseaux sociaux, sans autre objectif que d’effectuer une performance publique par surprise. L’idée ici est d’organiser un flash mob citoyen, mobilisant autour d’une cause, d’une question locale ou de société. Le fil de la participation pourrait être gardé en distribuant des flyers et en invitant les participants/spectateurs à continuer l’événement sur internet (diffusion des vidéos du flash mob sur youtube, commentaires sous ces vidéos, liens avec les réseaux sociaux, etc). Ainsi, Zora a été prévenue d’un imminent flash mob dans un centre commercial voisin (grâce à des QR codes cachés dans la ville). On lui distribue un flyer à la fin de l’évènement. Celui-ci l’invite à publier ses photos, vidéos et commentaires sur l’événement. Motivation supplémentaire : Si son commentaire est pertinent et apprécié des autres internautes (vote en ligne), elle sera invitée en VIP à un prochain événement, à une visite de l’hôtel de ville et à un entretien avec le maire.
- Patchwork mural : Notre Zora se retrouve au Mc Do. Alors qu’elle commande son sandwich sur une borne interactive, cette dernière lui propose de la prendre en photo et de projeter cette photo sur un patchwork mural dédié, donnant sur la rue. De la même manière, on peut envoyer sa photo, sa vidéo et/ou son commentaire par sms/mms, grâce à twitter, facebook ou d’autres réseaux sociaux. Le patchwork ainsi créé reprend les photos, vidéos et expressions citoyennes et les donne à voir dans la rue.
- Parrainage démocratique : Le concept a été évoqué lors du workshop : Pourquoi ne pas inventer un système de parrainage pour créer des liens intergénérationnels et pousser les participants à faire participer aussi leur entourage ? Autrement-dit, il s’agit de s’inspirer de la viralité et de l’effet de buzz sur internet …mais appliqué au quotidien d’un citoyen. Concept à explorer, donc.
- Sondage piéton : Zora est sur le trottoir et doit traverser la rue. Au passage piéton, le bouton poussoir dédié à faire passer le feu piéton au vert …est d’un genre particulier : Il y a en fait deux boutons (un POUR et un CONTRE) surmontés d’une question : « êtes-vous pour ou contre la construction d’une nouvelle gare à Nantes ? ». Là aussi, un QR code invite à avoir plus d’informations en ligne… L’idée peut faire sourire mais il y a surement un concept à creuser derrière : Celui du référendum quotidien. Le principe n’est pas de recueillir les avis qui seraient évidemment non-représentatifs, mais plutôt de poser des questions ouvertes, dans la rue, et de pousser au débat public/d’idées. De la même manière, dans nos commerces, nos services publics, etc… une collectivité pourrait mettre en place un système relayant la « question du jour » et invitant à voter POUR ou CONTRE …et surtout à aller plus loin et s’engager dans un débat citoyen.
- Ciné participatif : La journée de Zora touche à sa fin …et le workshop lui aussi était en phase de conclusion. Ce temps du cinéma n’a donc malheureusement pas été exploré jusqu’au bout par les participants mais il peut être intéressant de l’évoquer, car là aussi, nous sommes en face d’un espace/temps propice à inclure des citoyens d’habitude peu participants. Le temps des bandes-annonces ou des publicités peut notamment être investi de manière originale (lien avec le patchwork mural, publicité d’événements participatifs, etc).
Chacune de ces pistes est comme une porte ouverte sur des territoires à explorer. Nous choisirons d’en développer certaines d’ici les prochains mois.
A la rentrée, rendez-vous est donné pour développer dans le détail un scénario et un concept, lors d’un second workshop de « street-democracy ». D’ici là, vos commentaires, idées et propositions sont les bienvenus pour développer chacune des pistes.
***
Retrouvez aussi le pdf d'ouverture du workshop :
Sur youtube, court compte-rendu de chaque table :
Table #1
Table #2
Retrouvez cet article sur le blog d'innovations démocraTIC : http://innovationsdemocratic.org/pg/news/armel.lecoz/read/70931/streetdemocracy-bilan-du-premier-workshop-et-concepts-participatifs
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire