Ces dernières années, le concept de démocratie électronique a fait couler beaucoup d’encre, et pianoter de nombreux claviers. La recherche en sciences sociales s’y est intéressée de près, et sous de multiples angles. Nous nous proposons ici, dans une série de courts articles, de présenter quelques productions académiques et ouvrages scientifiques qui ont contribué à approfondir les connaissances sur le sujet. Aujourd’hui, un chapitre du livre « Le désenchantement démocratique », paru en 2003. Ecrit par Thierry Vedel, professeur à Sciences Po, il vise à replacer le concept dans un contexte historique.
Première idée reçue écartée par l’auteur : la démocratie électronique n’est pas née avec internet. Elle aurait plus vraisemblablement connue trois âges : le premier, celui de la cybernétique (science qui étudie la circulation de l’information au sein de « systèmes », techniques, organiques, ou sociaux), souhaite produire dès les années 1950 des « machines à gouverner » qui pourraient servir d’aide à la décision ; le second correspond à la « télédémocratie », qui dans les années 1970 entend utiliser les progrès de la télévision et de la vidéo pour faire participer les citoyens à l’échelle locale ; le troisième est de celui de la cyberdémocratie, qui naît de la diffusion d’internet dans les pays développés à partir des années 1990.
Selon Vedel, si ces trois âges présentent des caractéristiques propres, il n’en demeure pas moins que l’on peut identifier trois différents axes par lesquels le sujet est traité : une transparence de l’information accrue, qui responsabiliserait les pouvoirs publics et valoriserait un citoyen éclairé ; une revitalisation de l’espace public, par la création de nouvelles modalités d’échange et la formation de communautés en ligne ; un renouvellement de la communication politique, où les citoyens ne seraient pas uniquement consommateurs, mais producteurs d’informations à destination des pouvoirs publics.
Mais chacun de ces éléments à son pendant négatif, et de nombreuses questions restent en suspens (notamment les inégalités d’accès, les compétences des citoyens, l’ « overdose » d’informations, ou encore la transposition de mécanismes de domination). Comme le note Vedel, « multiplier les sources d’information n’accroît pas les capacités cognitives des individus. Fluidifier la circulation de l’information ne crée pas la transparence tant que l’opacité reste une ressource stratégique. Discuter entre citoyens du monde n’est qu’un agréable échange si l’on ne sait pas construire une décision collective. »
Aussi intéressant que soit le chapitre de Vedel, de nombreux points n’y sont pas abordés, notamment l’usage d’internet dans les mobilisations sociales et politiques, le rôle de l’architecture technique du réseau dans les formes de participation qu’il engendre, les représentations sociales qui lui sont attachées, etc… autant de points sur lesquels nous reviendrons dans de prochains articles.
Référence : Thierry Vedel, « L’idée de démocratie électronique. Origines, visions, questions », in Pascal Perrineau (dir.), Le désenchantement démocratique, Editions de l’Aube, 2003.
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